Intégration progressive

Le SIAMAT : un dispositif spécifique d'accompagnement

Le SIAMAT, Service intermédiaire d'accès et de maintien à l'aide par le travail a ouvert ses portes à la mi- Mai 2010 sur le site APED Espoir de Persan.

Les constats

Sa mise en place au sein de l'ESAT a répondu à un certain nombre de constats.
En premier lieu, l'analyse de l'évolution démographique de l'établissement réalisée en 2008 a mis en évidence que la part des plus de 45 ans progressait de manière significative et doublerait quasiment dans les 3 années à venir pour atteindre 24% en 2011. Nous savons, par expérience, qu'au delà de 45 et que les besoins d'accompagnement de ces personnes sont susceptibles d'être rapidement modifiés.
Les travailleurs de l'ESAT-AVENIR quand ils se sont exprimés dans le CVS et en synthèse, ont mis en évidence :

  • les difficultés éprouvées à travailler à plein temps,
  • le besoin d'un accompagnement complémentaire,
  • la nécessité de soutiens plus spécifiques (sociaux, médicaux, para médicaux, loisirs...)
  • l'envie de garder des liens avec leurs collègues et d'éviter une rupture pouvant avoir de lourdes conséquences sur leur vie.

Il fallait donc s'adapter à cette évolution en proposant des rythmes de travail allégés. Le but étant de permettre à ces travailleurs de poursuivre une activité professionnelle et de préserver leurs repères sociaux.
Les directeurs d'IME proches et « prescripteurs » pour l'établissement ont évoqué la situation de nombre de jeunes, ayant progressé à travers des stages, des pratiques sportives, des apprentissages en atelier... mais qui au moment de la fin de prise en charge, auraient encore besoin d'un accompagnement spécifique et progressif. Faute d'accompagnement spécifique, ces jeunes risqueraient d'être exclus du travail.
Enfin, il arrive que la CDAPH ait besoin d'expertise, de temps de stage et d'évaluation en situation afin d'aider la commission à statuer sur la capacité d'une personne handicapée à intégrer une structure de travail adapté.

La structure

L'équipe mise en place pour le SIAMAT se compose :

  • d'un chef de service qui supervise par ailleurs le pôle accompagnement et médico-social de l'ESAT
  • d'une psychologue à mi-temps dont le rôle est très important pour bien comprendre la problématique en jeu pour chaque personne, pour associer les familles à l'évolution du projet ;
  • de trois animateurs ayant une double fonction : accompagner les projets individuels et mettre en place des temps collectifs.

Le SIAMAT est intégré dans les locaux de l'ESAT. Il dispose de trois salles d'activité, une salle de soutien et d'un espace extérieur (jardin) qui fait l'objet d'un fort investissement.
Une commission d'admission a été mise en place avec pour fonctions de recueillir l'avis et les attentes des familles et des travailleurs, d'examiner la pertinence des candidatures, d'identifier les premières pistes de projet pour chaque travailleur admis. Elle est composée par le directeur, la chef de service, la coordinatrice sociale. Les entretiens mis en place pendant la procédure sont menés par la psychologue, la chef de service, la coordinatrice.
Pour permettre à la personne de vérifier son intérêt pour l'intégration dans le service, il lui est proposé un stage de 4 semaines à l'issue duquel la décision finale et prise.

- Les activités proposées

Elles sont variées : activités de maintien et développement des acquis scolaires ; travaux manuels, activité cuisine, jardinage, ouverture vers l'extérieur, groupe de parole, activités physiques. Elles favorisent la production, l'ouverture, les apprentissages...

Un dispositif qui fonctionne bien

Les constats qui ont été faits, avec les travailleurs eux mêmes et avec leurs moniteurs ont mis en évidence de nombreux bénéfices apportés par le dispositif :

  • le rythme de travail adapté diminue les sentiments de fatigue et de stress
  • les activités permettent une ouverture et une amélioration relationnelle qui contribue à un mieux-être personnel
  • la petite taille du service et les actions mises en place développent un climat de groupe positif et porteur
  • les productions réalisées (jardinage, activités artistiques...) favorisent une reconnaissance par les autres
  • le dispositif permet de prendre le temps de la concertation autour des orientations futures
  • il permet à des accédants de progresser et d'augmenter leur temps de travail au fur et à mesure de leur cheminement.

Le processus d'intégration progressive

Un certain nombre de personnes en situation de handicap, notamment à la sortie de l'IME sont dans une situation rendant délicate une intégration directe dans le cadre ESAT. De nombreuses raisons ont été observées à ce processus.
Chez les stagiaires, les éléments qui fragilisent l'intégration dans le travail sont par exemple :

  • la maladie mentale qui fragilise le contact à l'autre même si existent des éléments de compétence positifs
  • le manque de maturité des attitudes
  • la fatigabilité
  • le manque de repères cognitifs et visuels pouvant amener certains à se perdre....
  • le stress vécu lors de tous les moments en dehors de l'atelier et de son cadre ( pause, repas...)
  • la gestion non intégrée des contraintes du travail (pauses – toilettes...)
  • le manque d'autonomie (notamment en matière de transports)
  • la connaissance et la compréhension du sens du travail (client, délais, utilités...)
  • la stabilité sur le poste parfois difficile à vivre pour eux...
  • Du coté des ateliers, on peut observer :
  • un processus de présentation et d'intégration dans le groupe dont le rôle est très important
  • un besoin d'accompagnement individuel du jeune limité par un fonctionnement plutôt collectif et contraint par la production
  • un manque de productivité pouvant entrainer une surcharge de travail pour les autres
  • une difficulté à investir dans la formation de ces travailleurs pour des situations qui nécessiteraient de créer des séquences d'apprentissage et éventuellement une réflexion un peu ergonomique sur les postes de travail
  • un manque d'éléments sur le parcours de la personne qui freine parfois l'investissement du moniteur
  • un sentiment d'incompréhension par rapport à certaines difficultés de la personne (donnant le sentiment qu'on ne va pas faire progresser la situation)
  • l'incompréhension parfois observée par rapport à certains comportements ou débordements (ex : certaines formes de violence découlant de l'angoisse des personnes...)
  • des processus collectifs de défense du groupe...par rapport à une personne nouvelle.
  • Etc.

Pour ces personnes, il est donc proposé un processus d'accompagnement renforcé ayant pour objectif d'organiser leur intégration pleine et entière dans une période maximum de 5 années.
Ce processus spécifique, répondant à la volonté de donner toutes leurs chances à ces jeunes est caractérisé par :

  • un temps partiel au sein de l'atelier
  • - un accompagnement éducatif, pédagogique, formatif et psychologique visant à favoriser leur progression et lever les obstacles que leur intégration pourrait rencontrer.

La démarche est co-pilotée par un moniteur référent et par un membre du SIAMAT qui travaillent dans la proximité pour favoriser cette réussite.

La démarche proposée prend plusieurs formes :

  • un processus de présentation du jeune aux travailleurs de l'atelier, pour valoriser leur rôle dans l'intégration progressive
  • des temps de travail spécifique moniteur / animateur pour identifier les difficultés rencontrées dans l'atelier en partant des observations sur site et d'une grille d'évaluation
  • la définition d'un programme spécifique permettant de prendre en compte les difficultés rencontrées dans l'atelier et de faire progresser la personne au travers d'activités adaptées
  • la signature d'un contrat d'aide et de soutien par le travail ayant un volet spécifique « intégration »
  • des réflexions communes sur les conditions qui pourraient être à faire évoluer dans l'atelier (pédagogie, adaptation du poste...) / possibilité d'appel aux ergonomes de médecine du travail
  • une évaluation régulière en commun ne portant pas que sur le stagiaire mais aussi sur le processus d'intégration dans l'atelier.


Le processus de maintien dans le travail

Les travailleurs handicapés connaissent un processus de vieillissement qui, pour certains d'entre eux, est plus précoce. La quarantaine constitue souvent un passage sensible. Le travail à l'atelier devient plus difficile et il pourrait devenir une source de souffrances, avec un processus progressif de mise en échec dans le travail, pouvant avoir des effets négatifs importants tant sur l'individu que sur son intégration dans l'équipe de travail.
Ainsi, à l'heure actuelle 8 personnes sur 10 présentes à ce titre dans le dispositif ont entre 40 et 51ans. Il est important pour eux de pouvoir décélérer, prendre plus de temps.
Pour d'autres travailleurs, ce sont des problèmes médicaux qui peuvent rendre difficile de tenir sur un poste à temps plein.
Pour tous ces travailleurs qui ont des difficultés à tenir le rythme du temps plein, l'ESAT met en place un protocole spécifique de travail caractérisé par :

  • un temps partiel au sein de l'atelier
  • un temps consacré à des activités complémentaires encadré par des animateurs travaillant en lien direct avec les moniteurs d'atelier.
  • Le processus décisionnel

La décision d'orientation est réalisée suite à des constats faits au sein des ateliers et parfois suite à des demandes de travailleurs. Avec l'accord des travailleurs, et en concertation avec la famille, le travailleur peut intégrer le dispositif et passer à mi-temps.
L'évolution du travailleur fait l'objet d'un travail dans la démarche de projet individuel et d'une évaluation régulière avec les moniteurs.
Les objectifs sont de :

  • permettre aux travailleurs de garder leur statut social de travailleur
  • éviter une rupture brutale avec le monde du travail
  • favoriser un maintien des compétences
  • retrouver un dynamisme personnel
  • d'acquérir une ouverture personnelle et sociale
  • prendre le temps de construire une éventuelle réorientation avec la famille et les autres acteurs institutionnels.

Le fonctionnement en petit groupe permet une attention individualisée et un soutien personnel plus important, y compris sur le volet psychologique des difficultés rencontrées.